Mère Courage

Publié le par Association L'Aéro Note (loi 1901)

Au bout du pont d'Argenteuil

Le 28 octobre 2006, la Troupe de "Tous en Vol" a effectué son 5ème vol devant le sympathique public d'Argenteuil et ceci sans crash, tout du moins sur scène. Car crash il eu bien, mais deux jours auparavant, et pas sur scène, ni sur Seine en ski nautique, mais dans un gymnase où notre Daisy nationale se fit une entorse lors d'une mauvaise récupération au sol à l'issue d'un exercice au trapèze volant. En effet, par pure conscience artistique, elle voulut trop bien faire en suivant à la lettre le titre aérien de notre pièce,… qu'il faudra donc songer à changer.

Ce regrettable incident fut donc l'occasion d'une saisie record: 100% d'héroïne pure, prise en flagrant délire face à plus de 700 témoins au théâtre Jean Vilar d'Argenteuil, complètement saisis d'effroi lorsqu'ils apprirent, en fin de spectacle, cette douloureuse souffrance en silence, là sous leurs yeux, douleur à peine atténuée par la prise d'une forte dose d'antalgique juste avant d'entrer en scène.

Ainsi pendant plus de deux heures elle fut là face à nous, à nous interpréter le formidable rôle de Daisy: d'abord une hélice à la main et un parachute (le mal nommé) dans le dos, puis en picador deux banderilles en l'air, ensuite en Miss Liberty drapée du "stars and stripes", puis un manche à balais en main haranguant son public chéri, ensuite à vélo au ras du bord de scène et sans parachute cette fois ci, et aussi en chien jaune sur le pont du porte-avions, et enfin en ange du Paradis, ailes en plumes dans le dos, et tout ceci sans rien laisser paraitre si ce n'est un léger boitillement que l'on croyait uniquement là pour intensifier l'interprétation du rôle. En particulier lorsqu'elle fit l'éloge funèbre de Jules, une bouteille de Champ' à la main. A propos de Jules, remarquable en scène, lui aussi, savez-vous que son ballon errant a été aperçu au dessus de l'usine de Poitiers le matin de la Toussaint , peu de temps après la représentation?

Serait-ce là un signe de la divine Providence nous montrant ainsi la voie de la prochaine étape en province de notre extraordinaire tournée triomphale, sur la ligne Paris-Bordeaux-Biarritz?

Bon je m'égare, revenons à notre héroïne, qui tel Molière jouant en scène jusqu'à son dernier souffle, nous a donné là une grande leçon de courage, par son immense conscience artistique.

Mais elle n'était pas seule en scène, puisque parmi la centaine d'autres artistes jouant sur scène ce soir là, il y avait son homme, en facteur-cheval assoiffé, et ses enfants, eux aussi sur scène malgré l'heure tardive, où les enfants, habituellement, sont couchés. Quel engagement familial, quelle image, quel courage,… quelle mère,… quelle Mère Courage!

Pause cri d'pomme: attention, les Mères Courage volent bas ces temps-ci, un peu comme les trains à un passage à niveau: une peut en cacher une autre, ainsi vient-t-on de me signaler à l'instant en régie la présence d'une autre Mère Courage sur scène samedi dernier: Anne qui nous a gratifié d'un remake de "la fièvre du samedi soir" avec 39 au compteur, gavée d'aspirine, et là non plus sans que le public ne se doute de quoi que ce soit!

Journal du Manceau-Parisien

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Publié dans Presse

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